• Maëlle

L'Italie vue de France. Pourquoi l'aimons-nous tant ?

Mis à jour : mars 16


Après avoir vécu trois merveilleuses années à Rome et voyagé dans diverses contrées du pays, je m’interrogeais sur les raisons profondes de cet amour pour notre voisin transalpin en flânant un soir avec un ami italien dans les rues d’Aix-en-Provence. Car c’est un fait : nos deux pays, liés par une longue histoire commune, faite souvent d’amour et parfois de discordes, s’attirent bien plus qu’ils ne se repoussent. La majorité des Français adorent l’Italie, et les motifs ne nous manquent pas.


Bien sûr, l’Italie c’est la beauté. Une beauté qui vous prend d’assaut, vous éblouit, vous ébranle, vous renverse, vous traverse, vous envahit, et enfin vous comble, vous laissant chancelant, rêveur, extatique, tel un amant rassasié et comme étourdi.


C’est au détour d’une promenade en Sicile qu’elle se précipite sur vous sous les traits d’une crique à l’eau cristalline et turquoise qui accueille avec la bonté d’une mère et la fraîcheur d’une jeune fille votre corps échauffé par le soleil d’été. C’est une pâtisserie qui éveille tous vos sens au sortir de votre baignade, et un café dense qui vous catapultent dans une dimension où toute question existentielle vous devient incompréhensible : vous n’êtes que plaisir et gratitude.


Paysage de Sicile, 1958, Yves Brayer (1907-1990)


C’est la brume entrevue au petit matin, s’échappant d’une forêt des Abruzzes enflammée par l’automne qui vous laisse sans voix, et avec l’envie enfantine de ne pas faire de bruit pour mieux la retenir.


Elle vous claque au visage lors d’une balade en moto sur les routes de Toscane. Est-ce l’agencement des collines, des cyprès, la lumière du soir ou encore les villages médiévaux que vous devinez au loin, qui vous fait douter de la réalité ? Quand êtes-vous entré dans ce qui semble être un tableau ?


C’est à l'occasion d’une course ordinaire dans un quartier résidentiel de Rome que vous vous retrouvez nez à nez avec un petit pont en pierre sous lequel passe une ruelle envahie par des buissons de jasmin dont l’odeur vous monte à la tête.


Non, décidément la beauté en Italie ne vous lâche pas, telle une déesse jalouse et exigeante.


Elle s’est immiscée non seulement dans les paysages, du nord au sud, mais aussi dans l’architecture des villes et sur les visages des habitants qui souvent prennent grand soin de leur apparence, ce qui les rend à la fois aimables et élégants.


Certes, mais je me disais que le charme opérait autre part.


L’histoire richissime et variée, d’un peuple qui a créé un empire et qui a modifié le visage de l’Europe ? La foisonnante production artistique sur plusieurs siècles et dans tous les domaines ?


Ou encore l’imaginaire resplendissant créé par des artistes du monde entier au retour de leur incontournable "voyage en Italie" ?


Ou plus prosaïquement : parce qu’on y mange bien et que la langue, parfois tendrement baroque, est mélodieuse ? Oui, aussi.


Tout cela me semblait vrai mais non suffisant.


Ce n’est qu’en arrivant rue Espariat — nous avions fait beaucoup de détours dans le vieil Aix— que je me suis rendu compte que le charme de ce pays et de cette culture était plus que la somme de ces arguments.


Le charme de la culture italienne réside dans une célébration quotidienne de la vie, dans une série de rites non religieux qui sacralisent l’existence et lui donnent toute sa saveur.


C’est l’attention aux détails, à la manière de cuire les pâtes, de servir le café ou de fêter n’importe quel diplôme comme s’il s’agissait d’une première communion. Plus qu’un esthétisme, qui toutefois y joue un grand rôle, c’est une approche à la fois ritualisée et théâtralisée de la vie qui, me semble-t-il, rend la culture italienne si chère à nos cœurs, et qu’il nous appartient de reproduire — où que nous soyons — pour contrer une éventuelle nostalgie qui peut sourdre en nous

un soir d’automne en Provence.


Et vous, quels sont les aspects de ce pays auxquels vous êtes le plus sensible ?



Article publié ultérieurement sur Altritaliani.net le 12 janvier 2021.




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Chapitre 1 Librinova_le-chant-de-la-saut
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